Dans les années 1960, toute la province de Québec a été balayée par des changements sociaux, culturels et politiques profonds qui ont notamment redéfini le rôle de la femme dans la société. C’est à cette époque que le féminisme a pris de l’ampleur. Les militantes ont réussi à obtenir pour les femmes le droit d’accéder à des filières universitaires dites « masculines » et d’exercer des professions comme policière, avocate, juge, pilote, etc.
Les établissements d’enseignement eux-mêmes ont mis en place des mesures incitatives pour les femmes, ce qui déplaisait souvent aux hommes qui considéraient ces mesures comme discriminatoires. L’un de ces représentants du patriarcat qui se sentaient lésés était Marc Lépine. La suite sur montrealanka.
Qui était le tueur
Marc Lépine est né le 26 octobre 1964 à Montréal, d’un père immigrant algérien et d’une mère infirmière. À la naissance, il a reçu le nom de Gamil Rodrigue Liass Gharbi. Durant son enfance, il a été témoin de la violence et des infidélités de son père, qui considérait que les femmes n’étaient faites que pour servir. Il a usé de violence tant envers sa femme qu’envers Gamil lui-même, et ne tolérait aucune marque de tendresse, croyant que cela « gâcherait » son fils.
En 1970, son père a si violemment battu Gamil que sa mère a décidé de divorcer. Le père a quitté la famille et, après avoir versé une pension alimentaire pendant quelque temps, a rapidement cessé les paiements. De plus, la famille a perdu sa maison en raison d’un défaut de paiement de l’hypothèque.
La mère a peu à peu tenté de se remettre sur pied et a repris son travail d’infirmière. En 1977, la famille de Gamil a acheté une maison en banlieue de Montréal et y a déménagé. Le garçon a fréquenté l’école secondaire locale, où il était décrit comme un élève calme obtenant des résultats moyens ; il interagissait peu avec ses camarades et ne montrait presque jamais ses émotions. 
À l’âge de quatorze ans, il a décidé de changer son nom pour Marc, à cause des moqueries de ses camarades de classe, et a pris le nom de famille de sa mère, Lépine, pour rompre tout lien avec son père. Mais même après le départ du père, les relations familiales sont restées tendues. Marc était souvent intimidé par sa sœur aînée à cause de son acné et du fait qu’il ne sortait pas avec des filles.
À dix-sept ans, il a tenté de s’enrôler dans les Forces armées canadiennes, mais a été déclaré inapte lors de l’entrevue. En 1982, Marc s’est inscrit à un cours préparatoire de deux ans en sciences fondamentales pour entrer à l’université. Ses professeurs le décrivaient comme un étudiant assidu, surtout en électrotechnique. Parallèlement, il a trouvé un emploi à temps partiel à l’hôpital où travaillait sa mère. Cependant, en février 1986, alors qu’il ne lui restait qu’un semestre à faire, Marc a tout simplement cessé de se présenter en classe sans raison apparente, et n’a donc pas obtenu son diplôme.
La même année, il a décidé de soumettre une demande d’admission à l’École Polytechnique de Montréal. On lui a dit qu’il serait accepté à condition de suivre des cours de chimie obligatoires. Peu de temps après, Marc a été licencié de l’hôpital pour comportement agressif. Cela a mis le jeune homme très en colère, ce qui l’a amené à avoir des pensées suicidaires et à élaborer un plan de vengeance.
Marc a de nouveau postulé à l’École Polytechnique en 1989, mais sa demande a été rejetée en raison des cours manquants. En même temps, Marc était toujours préoccupé par l’absence de relations amoureuses. Mais ce n’était pas tant le manque d’attention féminine qui le dérangeait que son désir d’avoir du pouvoir sur quelqu’un. Il disait souvent à ses amis que les féministes et leurs tentatives de percer dans des professions non traditionnelles l’agaçaient, affirmant que les femmes ne devraient s’occuper que de leur famille et de leur foyer.
La tuerie de l’École Polytechnique
L’événement tragique a eu lieu le 6 décembre 1989 à l’École Polytechnique de Montréal, où Marc Lépine est arrivé dans la soirée. Armé d’une carabine et avec une lettre de suicide dans sa poche. Il avait décidé d’agir avec détermination et de régler ses comptes avec ses « ennemies » : les féministes qui, selon lui, avaient ruiné sa vie. Il a rencontré sa première victime dès son entrée dans le couloir et lui a tiré dessus. La jeune femme est morte.
Marc s’est ensuite dirigé vers la salle de classe 303, où se trouvaient 58 étudiants, dont 10 femmes. En entrant dans la salle, il a tiré deux coups de feu au plafond et a ordonné à tous les hommes de sortir dans le couloir. Il a ensuite crié qu’il haïssait le féminisme. L’une des étudiantes a tenté de répliquer qu’elles n’étaient pas féministes, mais qu’elles voulaient simplement devenir ingénieures pour avoir un bon travail à l’avenir. Mais le tueur, sans écouter la fin de sa réponse, a crié quelque chose avec rage et a immédiatement ouvert le feu sans interruption sur les jeunes femmes restées dans l’auditoire. Six étudiantes ont été tuées, et quatre autres ont été blessées à des degrés divers.
Le tueur a continué sa route vers d’autres salles de classe. Dans l’amphithéâtre 311, il y avait 26 étudiants ; Marc a ouvert le feu sur eux tous. Au total, les événements se sont déroulés en 20 minutes, durant lesquelles 14 femmes ont été tuées, et neuf autres jeunes femmes ainsi que quatre hommes ont été blessés. Marc Lépine s’est ensuite suicidé.
Le meurtre des étudiantes à Montréal est devenu l’une des tueries de masse les plus meurtrières de l’histoire du Canada. Ces événements ont été discutés dans presque tous les pays du monde et ont attiré l’attention de la société sur le problème de la violence contre les femmes. Le fait terrifiant est que de tels cas ne sont pas isolés, et que la violence à l’égard des femmes prend de nombreuses formes différentes : physique, psychologique et économique.
Depuis 1991, par décision du Parlement du Canada, le 6 décembre est devenu la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.