Violence conjugale : comment la reconnaître et vers qui se tourner à Montréal?

La lutte contre la violence conjugale est l’un des grands défis de notre société. Elle est difficile à déceler, car les victimes gardent souvent le silence pendant des années, laissant les problèmes derrière les portes closes. À Montréal, des organismes s’efforcent d’aider les victimes et de prévenir la violence. Montrealanka.com vous en dit plus à ce sujet.

Comment reconnaître la violence conjugale ?

La violence physique (coups, menaces) est la plus évidente, bien qu’il existe d’autres formes :

  • La violence psychologique, lorsque le partenaire humilie verbalement ;
  • La violence sexuelle, qui consiste à forcer des relations sexuelles ;
  • La violence économique, lorsque tout l’argent appartient au partenaire et que lui seul le contrôle.

La violence conjugale peut prendre différentes formes, et il est parfois difficile pour la victime elle-même de la reconnaître, et encore plus pour ses proches.

La responsable du soutien clinique chez SOS violence conjugale nous en apprend davantage. Toute personne peut appeler ou prendre contact en ligne. Claudine Thibaudeau souligne les comportements suivants de l’agresseur :

  • Le partenaire nie qu’il s’agit de violence ;
  • Il insiste sur le fait que le problème vient de la victime – qu’elle est trop exigeante ou trop sensible.

Le site web propose des questionnaires pour toutes celles qui ont des doutes sur leur relation et sur le comportement de leur partenaire. Mme Thibaudeau explique que le simple fait de remplir ce questionnaire est une étape importante. Des femmes qui n’avaient jamais osé appeler à l’aide le font. Ce premier contact est crucial, car la victime est ensuite dirigée vers la ressource appropriée.

À Montréal, les maisons d’hébergement peuvent être surchargées, c’est pourquoi les organismes tentent toujours de trouver des alternatives. Par exemple, s’il y a un problème de sécurité, on proposera toujours à la victime de se rendre plus loin, et l’organisme couvrira les frais de transport.

Les maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale

Il est important que les femmes qui demandent de l’aide comprennent qu’il ne s’agit pas seulement d’un lieu de résidence, mais d’une aide complète. Par exemple, l’organisation Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale propose ce qui suit :

  • Soutien téléphonique 24/7 ;
  • Hébergement sécuritaire et services externes ;
  • Consultations de groupe ou individuelles ;
  • Aide sociale (recherche de logement, démarches judiciaires) ;
  • Assistance d’un avocat ;
  • Suivi post-hébergement.

L’organisation mène également un travail actif de prévention et de sensibilisation au sein de la communauté.

Ces refuges sont des lieux où les femmes peuvent partager leur expérience difficile, et des salles de jeux sont prévues pour les enfants. Les femmes qui viennent chercher de l’aide sont entièrement libres ; elles peuvent quitter l’établissement et y revenir en cas de besoin. Tous ces services sont gratuits.

Sécurité et confidentialité

L’adresse physique de ces refuges est confidentielle, car la sécurité des résidentes en dépend. Les intervenantes communiquent l’adresse à la dernière minute, protégeant ainsi les victimes de leur partenaire. Les maisons sont équipées de systèmes de surveillance et de protocoles de sécurité.

  1. Dès qu’une femme arrive à la maison d’hébergement, les intervenantes désactivent obligatoirement la géolocalisation sur son téléphone portable.
  2. La victime n’est pas hébergée dans le quartier où elle réside.
  3. La durée moyenne du séjour est d’environ 30 jours, bien que cela varie en fonction de la situation de chaque femme.
  4. Dans les cas où la violence se poursuit même après la séparation, la femme sera dirigée vers un logement de deuxième étape. Il s’agit d’appartements où l’anonymat est également préservé et où elle peut rester jusqu’à deux ans.

Les maisons d’hébergement à Montréal ont accès à des interprètes (dans plus de 40 langues) ainsi qu’à des équipements spécialisés pour les femmes sourdes.

Demander de l’aide : comment changer sa vie ?

Probablement, chaque fille et chaque femme sera d’accord pour dire qu’il est difficile de demander de l’aide. Un seul appel peut changer complètement une vie, la bouleverser, après quoi la victime fait face à l’inconnu. C’est peut-être pour cela qu’il est si difficile de franchir le pas.

Guérin, directrice d’une maison d’hébergement à Montréal, explique qu’une femme n’est en aucun cas forcée de quitter son partenaire, car l’appel est une sorte d’appel à l’aide. Les intervenantes proposent plusieurs options, mais la décision finale appartient à la femme.

On propose souvent aux victimes de violence conjugale une aide dans les démarches judiciaires. Par exemple, le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) offre divers services de soutien. Cette aide est offerte indépendamment du fait que la victime ait porté plainte ou non.

De l’aide pour les auteurs de violence

À Montréal, il y a le Réseau à Cœur d’homme : pour une société sans violence. Cette association regroupe 31 organismes communautaires qui luttent contre les comportements violents dans la famille. C’est aussi une mission importante, car ces organismes identifient la violence et favorisent une plus grande prise de conscience et responsabilisation.

La directrice générale du réseau, Sabrina Nadeau, explique qu’on apprend aux hommes à comprendre la cause de leurs agissements et on les aide à trouver des alternatives non violentes.

Des hommes de tous profils contactent ce type d’organismes. Par exemple, il y a ceux à qui des amis ou des proches ont recommandé de chercher de l’aide, mais la majorité sont des hommes qui ne sont pas judiciarisés. Il y a aussi ceux qui font la démarche de leur propre chef, car ils comprennent qu’ils veulent changer leur comportement.

Ces dernières années, selon Mme Sabrina Nadeau, une dynamique positive est observable, car de plus en plus d’hommes qui ont été des agresseurs demandent de l’aide. Voici quelques raisons qui expliquent ce phénomène.

  1. Ces organisations ont toujours souffert d’un sous-financement, mais le mouvement #metoo a contribué à changer cela.
  2. De nombreuses campagnes d’information ont été menées, grâce auxquelles certains stéréotypes ont commencé à s’effriter. Les statistiques montrent que les jeunes hommes de 20 à 30 ans sont ceux qui demandent le plus souvent de l’aide.
  3. Les consultations avec des adolescents ayant des comportements violents. Une particularité a été observée : la violence peut être transmise de génération en génération. Souvent, les hommes qui demandent de l’aide remarquent que leurs fils ou beaux-fils présentent des manifestations violentes similaires.

Aide pratique : quelles sont les options ?

  1. En cas d’urgence, composez le 911.
  2. SOS violence conjugale. Le service reçoit plus de 25 000 appels par an. Le personnel les prend en charge, les analyse, offre du soutien et oriente les victimes. Le numéro de téléphone pour tout le Québec est le 1 800 363-9010, et pour Montréal, le 514 873-9010. Un service de téléscripteur (ATS) pour les personnes sourdes est également disponible au 1 800 363-9010.

Toutes les régions du Québec disposent de maisons d’hébergement pour les victimes de violence conjugale. Les adresses sont confidentielles et le contact est possible à toute heure du jour et de la nuit.

À Montréal, des manifestations de soutien aux victimes de violence conjugale sont souvent organisées. Par exemple, un tel événement a eu lieu le 2 avril 2021, lorsque des milliers de femmes ont défilé dans les rues avec des pancartes et des slogans comme : « Assez, c’est assez ».

Rien ne justifie un agresseur et ses actes ; c’est un comportement qu’il a consciemment choisi et qu’il utilise comme un moyen de contrôle et de pouvoir sur une femme. Personne ne mérite de subir des violences physiques ou verbales, c’est pourquoi un comportement violent est toujours injustifiable.

Les femmes et les très jeunes filles qui subissent la violence conjugale peuvent briser ce cycle de douleur et de souffrance. L’essentiel est d’oser faire cet appel, de demander de l’aide. C’est une étape difficile, mais nécessaire pour changer sa vie.

....